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Druuna

Druuna est sans nulle doute l'une des séries cul (-tes) de la BD. Dans le genre érotique, évidemment, avec des penchants assez prononcés vers le SM ou le porno, en particulier pour la variante Druuna X qui est parue dans un deuxième temps. Réservé donc à un public très averti !

Ce qui a fait le succès de Druuna ? Druuna elle-même sans nul doute ! Elle a été inventée par Paolo Eleuteri Serpieri, auteur de la série, qui a avoué être allé trouver l'inspiration dans le monde bien réel, auprès d'une actrice célèbre des années 1980, une certaine Valérie Kaprisky, dans la Femme Publique... Mais au final, son héroïne est bien l'archétype de la bombe sexuelle en BD avec ses rondeurs extrêmes, en particulier au niveau des fesses et des seins - disproportionnés. Tiens, ça me fait un peu penser à Pélisse mais dans un genre nettement plus réaliste et moins soft que l'héroïne de Loisel. Quelques années plus tard, le miroir s'inverse et c'est Druuna qui devient inspiratrice pour Ana Lima, une playmate brésilienne, qui prendra une pause d'une ressemblance troublante avec l'héroïne de BD dans Playboy Brésil n°165 d'Avril 1989.

Druuna / Ana Lima

Bref, cette femme très belle, un peu ingénue et allumeuse évolue dans un monde des plus glauques, infesté de monstres affreux, violents et libidineux. Ce contraste saisissant, y compris au niveau du dessin a pour effet de la mettre particulièrement en valeur. Une forme d'analogie entre la Belle et la Bête, façon BD de SF érotique me vient en tête...

planche Druuna Mandragora

Druuna est bien un fantasme masculin à 100% mais je ne pense pas que ce soit la seule raison du succès impressionnant de la série. A la différence de bien des albums du genre érotique, Serpieri s'est donné du mal pour écrire un vrai scénario de science-fiction. Dans le premier opus de la série, Morbius Gravis, c'est un peu laborieux. Pendant les 20 premières pages, c'est le sentiment d'incompréhension général qui domine. Les enchaînements entre des pages de Druuna nue, de monstres abracadabrantesques, de sérum magique – le tout plus ou moins mélangé - ont tendance à perdre le lecteur, voire à le décourager. Concrètement, il a fallu tout ce premier tome à Serpieri pour poser les bases d'une histoire à peu près d'équerre. Déroutant ? "Vieux dégueulasse, il m'a détruite avec son truc, c'était bon..." à la page 31, "Quand il y a le bien et l'anti-matière, la matière va s'annulant... Delta est matière pure, c'est pourquoi pour arriver à l'état de grâce, il doit se supprimer... [???]" à la page 60. Morbius Gravis, c'est la rencontre inopinée - improbable ? - entre une BD de SF et un album érotique regroupés façon puzzle.

planche Druuna Morbius Gravis

En fait, on finit par comprendre que la Terre a été détruite et que les restes de l'humanité sont conservés sur un astéroïde artificiel perdu dans l'univers, gouverné par Delta, un ordinateur fou. Ce vaisseau qui comporte plusieurs niveaux est rongé par un mal effroyable qui transforme les humains en créatures assoiffées de sang. La dégénérescence peut être limitée par un sérum qu'il est très compliqué d'obtenir. La malheureuse Druuna n'est pas atteinte par la maladie mais elle doit se prostituer pour obtenir des doses du fameux remède, afin de sauver Shastar, son amant contaminé. Au cours de son aventure, elle finit par découvrir le secret de sa condition et commence à entretenir des liens télépathiques avec Lewis, le premier commandant de l'astéroïde, dont le cerveau est resté intact.

planche Druuna extrait

A partir du tome suivant, rebaptisé Druuna, Serpieri prend le rythme entre scènes érotiques à caractère plus ou moins violent, et poursuite de l'intrigue, de plus en plus complexe, entre créatures extra-terrestres et sauts spatio-temporels. Il y a fort à parier que la complexité du scénario est plus liée à un manque de préparation de l'auteur qui l'a obligé à se creuser la tête pour donner un peu de vraisemblance à son histoire au fur et à mesure de la sortie des tomes de 1985 à 2003 : Morbius Gravis, Druuna, Créatura, Carnivora, Mandragora, Aphrodisia, La Planète oubliée et Clone. A partir du tome 3, Bagheera réalise la publication, assurant la relève de Dargaud. La série avançant, les scènes érotiques deviennent de plus en plus pornographiques, prenant le pas sur l'histoire elle-même. Dommage ! Cet équilibre entre SF et érotisme qui a fait l'originalité de Druuna jusqu'au milieu de la série a fini par se rompre !

Par Fotegrav pour fotegrav.com

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