Gravir l'Everest sans doudoune est un peu dans l'esprit de cette note : développer un sujet encyclopédique en quelques mots bien choisis. La BD humoristique nécessiterait en effet quelques rédacteurs aux zygomatiques bien trempés, des centaines de pages et de nombreux éclats de rires. Et encore, le sujet ne pourrait être qu'à peine effleuré, disons avec une plume et sur le bout des pieds.
Le genre est d'une popularité incroyable mais pour l'auteur la difficulté ferait presque pleurer de rire. Comment arriver à déclencher un sourire ou l'hilarité en une case, trois cases, une page, une histoire complète ?
Du dessin de presse à la chronique, du quotidien au mensuel, les dessins d'humour ont toujours eu la place belle au sein de publications de toutes sortes. Qu'il soit d'information ou destiné à la jeunesse, qu'il soit spécialisé ou généraliste, tout support de presse s'est un jour ou l'autre attaché les services d'un dessinateur pour égayer ses pages d'un peu d'humour. Même si certains, parmi les purs illustrateurs, comme Sempé, ont réussi à y faire une véritable carrière, les dessinateurs de BD ont toujours été forts sollicités en la matière. Quant aux médias dédiés à la BD, s'ils ne sont pas, comme c'est le cas le plus souvent, entièrement humoristiques, ils réservent toujours quelques pages au rire. Bref, il est difficile d'échapper à l'humour et les quelques uns qui ont tenté l'expérience n'ont pas trouvé cela drôle du tout Terrible affaire pour eux, en effet, car l'humour est quasi omniprésent en BD. C'est à se demander s'il ne s'agit pas d'un fondement indispensable au média. N'oublions pas qu'une des missions la BD est de divertir et que du divertissement au rire il n'y a même pas un pas à franchir.
Si la BD n'a pas la réponse à la question « peut-on rire de tout ? », elle sait faire rire de beaucoup de manières : du Chat de Geluck aux expérimentations de Lécroart en passant par le Gaston Lagaffe de Franquin, tous les moyens sont bons pour accentuer les rides du sourire. L'absence de finesse de l'éternel voisin philosophe incarné par Achille Talon de Greg ou les motards déjantés du Joe Bar Team créé par Bar2 sauront, chacun à leur façon, déclencher l'hilarité.
Si Gotlib et sa foisonnante création, de l'incontournable Rubrique à Brac aux très osés Rhââ Lovely et Rhâ gnagna, fait figure de demi-dieu en la matière, des auteurs à la popularité plus récente en sont les dignes successeurs. Le prolifique Lewis Trondheim a truffé son uvre de bijoux humoristiques, les séries Donjon et Lapinot sont les plus populaires au milieu d'une pléiade de titres. Le poétique Larcenet subjugue son monde avec le Combat ordinaire ou Retour à la terre. Riad Sattouf s'en prend à la jeunesse avec des titres évocateurs : la vie secrète des jeunes, Retour au collège ou encore Manuel du puceau. François Ayroles travaille sur le fond et les formes et offre à ses lecteurs des albums drôlement surprenants. Nicolas Mahler, seul auteur de BD autrichien au monde (mais ce n'est pas de sa faute), cultive le non sens, L'Art selon Madame Goldgruber est un de ses chefs d'oeuvres.
Il est en fait dramatiquement impossible d'offrir un tour d'horizon si petit soit-il des potentialités du genre ! Ne pas citer René Goscinny ou Francis Masse relève du parjure, oublier Reiser ou Pétillon revient à s'exposer aux foudres du critique, ignorer Tabary (Iznogoud) ou Tronchet (Raymond Calbuth) et le ciel vous tombe sur la tête
Pour finir, une mise en garde s'impose au lecteur. Les effets pervers de la BD humoristique doivent en effet être connus et contenus : les crampes aux abdominaux, les décrochages de mâchoire, les mouvements incontrôlés sont autant de pathologies qui peuvent accompagner le genre. Bien qu'aucune notice de prévention ne soit incluse jusqu'à présent dans les albums, il est recommandé au lecteur la plus grande prudence : l'abus d'albums peut faire mourir de rire.
Par Kris pour fotegrav.com